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Université du Temps Libre Durance Provence

CORRECTION DICTÉE DE L’ÉPIPHANIE 2016

CORRECTION DE LA DICTÉE DE L’ÉPIPHANIE 2016

 

Des musiciens qui se mettent en quatre

 

Les spectateurs de la France entière – et notamment ceux de la ville de Sèvres -, mais aussi de toute l’Europe se sont pliés en deux, voire en quatre, et tenu les côtes à la vue des facéties de ce quatuor de musiciens déjantés qui, au music-hall, multiplie(nt) les scènes drôles et loufoques.

Les critiques et les échotiers ont depuis quelque dix ans conté les mille et une malicieuses trouvailles de ces deux violonistes barbus, de l’altiste atteint perpétuellement d’un rhume et de la violoncelliste aux cheveux rouge carotte. Ces pince-sans-rire se sont même autorisés à adapter des chefs-d’œuvre d’Enesco et Smetana.

Entamant le spectacle par des tangos langoureux, les quatre confrères et consoeur semblent subitement saisis de tics nerveux irrépressibles qui les amènent à exécuter sur un rythme de galop des valses censées être interprétées beaucoup plus lentement.

Nos joyeux drilles ont ainsi transformé les publics les plus blasés en assistances ébahies puis déchaînées qui applaudissent bruyamment les pétulants interprètes d’un inénarrable pot-pourri où se mêlent les tarentelles, les polkas, les sonates et les gavottes.

On prête à ces talentueux farceurs l’intention d’adapter et d’associer à leur façon des airs folkloriques d’Europe centrale et des morceaux choisis tirés de célèbres opérettes françaises, de manière à constituer une œuvre désopilante, farfelue, mais relativement cohérente, formant ainsi une sorte d’anthologie européenne. Cela rappelle les recueils musicaux d’autrefois réalisés par des mélomanes ingénieux associés à des prosateurs et à des poètes.

On peut imaginer d’ores et déjà l’époustouflant et convaincant livret baroque que pourraient concevoir des cerveaux fertiles à partir du fonds collecté çà et là au fil des siècles par des érudits qui se sont plu à accumuler des partitions extravagantes, telles que seul Orphée ose en faire.

En quelque endroit de l’Europe que l’on soit, tous ont vibré à l’unisson. Encore une fois la musique s’est montrée des plus sûres pour rassembler les peuples. Qui aurait cru que ces hurluberlus se seraient, par-delà leurs incongruités et bizarreries, acquittés de cette noble tâche!

De Jean-Pierre Colignon, ancien chef correcteur du journal « Le Monde ».
(dictée rédigée à l’occasion de la rencontre européenne des lycées en 2010, à Sèvres).